CORUM L'Épargne
CORUM L'Épargne
CORUM et la voile
Au grand large #2 - Autour du monde avec Nicolas Troussel
20.11.2020
Après son démâtage, Nicolas Troussel rejoint le Cap-Vert au moteur.

« Sport mécanique », « risque de casse », « part de chance ou de malchance ». Autant de qualificatifs de la course au large qui viennent rappeler le côté pas toujours cartésien de la discipline, lui-même amplifié par tout ce qui distingue les terriens de ces héros des océans. Aux trente-trois hommes et femmes présents sur la ligne de départ de ce Vendée Globe 2020, nul besoin de le rappeler : ils et elles connaissent mieux que quiconque les règles du jeu.

Parmi eux cette année, Nicolas Troussel a pris le départ de son premier tour du monde à bord du monocoque CORUM L’Épargne, un bateau dernière génération mis à l’eau en mai dernier et expérimenté au large de la Bretagne six mois durant.

Depuis sa première victoire sur la Solitaire du Figaro en 2006 et son coup d’éclat final - gravé parmi les expressions du dictionnaire maritime comme « faire une Troussel » - Nicolas ne rêve que d’une seule chose… Quatorze longues années avant de réaliser ce rêve ultime et de s’aligner sur le Vendée Globe aux commandes d’une machine entièrement conçue et taillée pour lui, pour cette course.

Auteur d’une superbe première semaine sur l’eau, à l’issue de laquelle il négocie parfaitement le passage d’un front suivi d’une dépression tropicale nommée Thêta, Nicolas tient le rythme soutenu de la tête de course alors emmenée par le britannique Alex Thomson. Sept premiers jours intenses dans la cour des grands, avec des conditions à la hauteur du challenge puisque particulièrement difficiles. Pour corser ce début de tour du monde, un problème de génératrice  élément indispensable à la charge des batteries du bateau – va (pré)occuper le skipper pendant 48 longues heures. Il faut comprendre que sans énergie, un tel bateau de course ne peut fonctionner, puisque sa gestion par un marin solitaire nécessite l’utilisation permanente d’une multitude d’éléments électroniques, à commencer par le pilote automatique.

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La résolution de cette panne coïncide avec l’entrée de CORUM L’Épargne dans les alizés, ces vents de nord-ouest réguliers qui mènent jusqu’au Pot au Noir. Nicolas prend quelques heures de répit avant de se recentrer sur sa navigation. Le premier pointage lundi matin en témoigne : il file à plus de 20 nœuds de moyenne sur les 4 dernières heures de course (37 km/h), une vitesse équivalente à celle des bateaux leadersEn ligne avec l’équipe éditoriale du Vendée Globe à 5 heures, Nicolas confie avoir eu des bonnes conditions toute la nuit pour aller vite : « Là, c’est une course de vitesse jusqu’au Pot au Noir. LinkedOut et Apivia vont très vite depuis quelques jours. J’ai maintenant pu accélérer aussi mais il faudra faire attention car ça sollicite beaucoup le bateau. Il y a une vingtaine de nœuds, ce sont des conditions agréables. »

Une heure et demie plus tard, le mât du bateau CORUM L’Épargne se brise aussi vite que le rêve commun à Nicolas et son équipe de terminer ce tour du monde en solitaire. Paradoxe pour un projet exigeant n’ayant jamais rien laissé au hasard, mais dont la casse matérielle a eu raison.

C’est alors qu’il faut se référer à une annexe communément appelée « gestion de crise ». En mer, bien que sous le choc, Nicolas doit sécuriser le bateau au plus vite. À terre, dans un état similaire, l’équipe technique se rassemble à Lorient. À peine l’annonce du démâtage transmise, il faut organiser la logistique pour indiquer la marche à suivre à notre skipper.

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Arrivé à Mindelo, Cap-Vert, jeudi après-midi, après 3 jours de navigation au moteur, Nicolas y est rejoint dès vendredi par une partie de la CORUM Sailing Team aux côtés de Frédéric Puzin, fondateur de CORUM L’Épargne. Un retour en France est prévu en début de semaine suivante pour le skipper, tandis que l’équipe technique va s’occuper du bateau. Il va être chargé sur un cargo dans les prochains jours, avant d’être rapatrié en Bretagne d’ici un mois.


Au nom de Nicolas et de toute l’équipe, nous souhaitons remercier chacun d’entre vous pour les messages de soutien qui affluent ces derniers jours, et qui nous motivent une fois de plus à faire vivre le projet voile CORUM L’Épargne. 


 

Par Hugo Chartier, membre de la CORUM Sailing Team

Crédits photo : Eloi Stichelbaut