Voile

Huitième place sur la Transat Jacques Vabre

Arrivés à Fort-de-France, Martinique, dimanche 28 novembre 2021 à 5h42 du matin (10h42 heure de métropole), Nicolas Troussel et Sébastien Josse terminent huitièmes de la Transat Jacques Vabre, après 20 jours, 21 heures et 15 minutes de course à bord de l'IMOCA CORUM L'Épargne. Des choix stratégiques aux conditions météorologiques, en passant par les pépins techniques, nos deux marins se sont confiés dès leur arrivée sur la terre ferme.

08h10 dimanche 28 novembre 2021, sur le ponton de Fort-de-France. Nicolas et Sébastien viennent d'en terminer, après presque trois semaines de compétition et une première traversée de l’Atlantique pour l’IMOCA CORUM L'Épargne, mis à l’eau en mai 2020 . Après l'accueil local garni d'un panier de fruits, le champagne. Puis viennent les premières réactions à chaud sur le ponton.

"C'était une course un peu spéciale avec beaucoup de rebondissements et des conditions météo pas vraiment habituelles. Une partie du parcours ne nous était pas familière,   donc il y a eu pas mal de découvertes," analyse Nicolas Troussel. "Nous sommes très contents d'être arrivés ici, c'est la première transat de ce bateau, et c'est la première fois qu'il passe autant de temps en mer. Nous sommes dans la continuité et dans la progression de la fiabilisation et de l'amélioration du bateau."

 

Arrivée Transat

© Jean-Louis Carli / Alea

Le bilan général est positif pour le skipper finistérien, lucide quant à la courbe d'amélioration du projet, qui ne cesse de grimper. Car si le classement final est en deçà de l'objectif initial fixé au départ du Havre (ndlr : top 5), il faut souligner la résilience dont ont fait preuve nos deux marins, relégués à la 17e position après avoir subi une option  qui leur a coûté cher dès les premiers jours de course.

"Nous ne nous attendions pas à ça sur le début de course... Il fallait être tout de suite dans le match et ne pas rater le wagon, et nous n'avons pas pris le premier train," poursuit Sébastien Josse.

En effet, peu avant la sortie de la Manche, alors que l'ensemble de la flotte est confronté à des conditions estivales, avec des prévisions toutes aussi calmes à l’horizon, CORUM L'Épargne opte pour un contournement du Dispositif de Séparation du Traffic par le nord.

La trajectoire initiale laisse penser à une "Troussel", spécialité de notre skipper, s'étant fait connaître pour ses coups d'éclat, marqués par des   options audacieuses souvent payantes. La suite interroge, lorsque CORUM L'Épargne revient sur ses pas.

"En recevant les fichiers météo, nous avons vu que la porte s'était refermée. Au lieu de foncer dans le mur, nous avons fait demi-tour. Ce n'était pas une décision facile à prendre, mais on arrivait à calculer que les écarts n'allaient pas être énormes avec le groupe de tête," raconte Nicolas Troussel.

"Après ça, nous avons subi. Il y avait des petits coups à faire au Pot au noir, mais il n'y a pas vraiment eu de rassemblement comme on aurait pu l’espérer."

Malgré le manque d'opportunités pour recoller à la tête de la course, nos deux marins ne lâchent rien. Ils naviguent avec brio, et montrent une grande persévérance, à l'image du passage du Pot au noir, qui reste le moment clé de la Transat Jacques Vabre d'après Sébastien Josse.

"Nous étions un petit peu à la traine et le passage s'est super bien passé, avec une belle fenêtre. C'était incisif, c'était propre avec une belle trajectoire, et à la sortie, nous avions doublé deux ou trois bateaux."

Vient ensuite le passage de l'équateur, qui précède le contournement de l'archipel brésilien de Fernando de Noronha, souvenir majeur de Nicolas Troussel.

"Le meilleur moment pour moi c'était le passage de Fernando de Noronha après le Pot au noir et l'équateur. C'est une île magnifique qui donne envie d'aller la visiter. "

 

Nicolas Troussel et Sébastien Joss

 

Après l'archipel brésilien, les pépins techniques

"Après le passage de Fernando de Noronha, nous avons eu un petit problème de quille," confie Sébastien Josse, à son arrivée en Martinique. "Nous avons eu une panne sur le moteur électrique qui sert à faire basculer la quille, donc elle ne pouvait plus bouger. Pour pallier ce problème, nous avons utilisé un système manuel, permettant d'actionner une pompe pour faire bouger la quille, mais c'est assez laborieux, et nous ne pouvions pas le faire à chaque manœuvre. Sur les grands bords, on se permettait de mettre la quille à moitié, et sur les petits bords, nous laissions la quille dans l'axe."

Pénalisés à l’entame de leur remontée jusqu'à Fort-de-France, nos marins vont subir une seconde déconvenue , avec la déchirure de leur spi, comme l'explique notre skipper Nicolas Troussel.

"C'était une course avec une majorité de vent arrière, et la voile qui nous aide à pousser le bateau dans ces conditions est le spi. Nous avons mis cette voile dans le sud de la Bretagne, et l'avons gardée jusqu'au Pot au noir. Ensuite, nous l'avons renvoyée à Fernando de Noronha, et elle s'est complètement cassée dans un grain, dans lequel nous nous sommes fait surprendre... Elle s'est ouverte en deux et était donc irréparable. Malheureusement, c'était la voile qui aurait dû nous servir jusqu'à l'arrivée."

Handicapé, le duo a préféré ne pas révéler les soucis rencontrés afin que les concurrents directs de CORUM L'Épargne sur la fin de course ne puissent en tirer profit. Malgré cela, "c'était forcément moins simple de rivaliser avec les autres bateaux," admet Nicolas Troussel.

CORUM L'Épargne franchit la ligne d'arrivée en huitième position, après 20 jours, 21 heures et 15 minutes de course. Au total, Nicolas et Sébastien auront parcouru 6 635,25 milles (10 678 kilomètres) à 13,24 nœuds de moyenne (soit 24,5 km/h).

Interrogé il y a quelques jours par le magazine Voiles et Voiliers, Frédéric Puzin, le fondateur de CORUM L'Épargne confiait : « Nicolas Troussel et Sébastien Josse ont la chance ou le malheur d’avoir un sponsor qui connaît la voile, donc qui sait que les résultats en course au large sont d’abord le fruit d’un énorme travail en amont. Ma confiance en eux reste totale[…] Dans la course au large, et c’est pour cela que je crois absolument en nos deux skippers et en ce bateau, il faut bosser, bosser et encore bosser en amont. Il y a des hauts et des bas mais, comme dans les affaires, c’est plutôt la tendance qui m’importe. Là, la tendance est bonne. Bien raisonner sur du long cours, c’est savoir aussi se dire qu’il est urgent de persévérer ».

Le ton est donné pour la suite du projet CORUM L’Épargne. Prochaine étape : le convoyage retour depuis Fort-de-France vers le port d’attache du bateau, à Lorient, dans le Morbihan. À bord, Nicolas sera épaulé de trois membres de l’équipe technique, afin d’accumuler toujours plus d’expérience, et de préparer l’année prochaine.

 

 

Par 

HUGO CHARTIER

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