Corum et la voile
Le Pot-au-Noir au conditionnel
06.11.2019

Cet après-midi, pas moins d'une quinzaine de bateaux de la classe IMOCA sont aux prises avec les caprices d'Eole quelques latitudes au Nord de l'équateur. Le Pot-au-Noir étonne et passionne. Il peut faire gagner gros ou perdre beaucoup. Avec un changement de leader, une compression de la flotte et une incertitude totale sur les options choisies, les nerfs des marins sont mis à rude épreuve. 

Parmi eux, Nicolas Troussel et Jean Le Cam à bord de CORUM L'Épargne. Notre duo fait actuellement son entrée dans cette Zone de Convergence Intertropicale capable du meilleur comme du pire. Bien qu'il n'y ait pas de 'recette magique', une analyse assidue mêlée à leur intuition les a poussés à se décaler dans l'Ouest vis-à-vis de leurs concurrents. 


Charal aussi avait opté pour un placement à l'Ouest, avant de se faire prendre au piège. Leader hier soir, l'IMOCA de Jérémie Beyou et Christopher Pratt était premier dauphin ce matin, au profit d'Apivia. C'est ce qui a permis à Nicolas et Jean d'affiner leur placement en se décalant davantage à l'Ouest pour ne pas se faire prendre à leur tour. Entre temps, ils ont repris une centaine de milles sur l'ex-leader de la flotte. Ce soir, ils pointent à la septième place.

Quelques heures avant de rentrer dans le vif du sujet, le skipper de CORUM L'Épargne nous détaillait la situation sur l'eau.

Le vent commence à être changeant, avec quelques molles* donc il faut être vigilant. Là on a toujours du vent donc on en profite pour gagner vers le Sud. Après il faudra voir pour affaler le spi si le vent refuse** vraiment.

Quelle est votre allure actuelle ?

On a 18 noeuds de vent et on avance à 14 noeuds Nous avons toujours du vent. Pour le moment, les bateaux les plus rapides sont ceux le plus dans l’Ouest. Mais nous en sommes à peine au début du Pot-au-Noir. Cela va être compliqué mais on pense qu’on sera mieux que les autres partis dans l’Est. Après on n’en mettrait pas notre main à couper...

Comment gérez-vous la situation à bord ? 

Pour l’instant, on a pu faire nos quarts normalement parce qu’il n’y a pas eu de manoeuvres. On est prêt à dégainer… On a eu une première molle tout à l’heure et puis là on essaie de zigzaguer entre les nuages. Nous les subissons car nous ne sommes pas assez rapides pour les éviter. L’idée est de peaufiner notre trajectoire pour passer au mieux et de garder un maximum de vent. Après avoir pesé le pour et le contre, nous pensons que cela passe mieux à l’Ouest. On a regardé tout ce qu’on pouvait regarder dans les fichiers, c’est aussi un peu logique mais je mets du conditionnel partout… 

Et vous pensez passer en mode ‘figaro’ à deux sur le pont ? 

Par la force des choses, nous serons obligés d’être à deux sur le pont pour manoeuvrer souvent. La fatigue des dix jours de mer commence à se faire sentir, c’est normal et il faut faire attention à ne pas se mettre dans le rouge au mauvais moment. 

Tu en as déjà passé quelques-uns ? 

Ah non, moi j’ai dû le faire une seule fois le Pot-au-Noir mais Jean l’a souvent traversé et à priori il n’y a pas de recette miracle.

*molle : zone avec très peu de vent
**refuse : le vent 'refuse' lorsqu'il évolue dans un axe défavorable vis-à-vis de l'allure du bateau

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