Voile

Nicolas Troussel : « Une entame musclée est susceptible de faire le tri »

A trois jours du coup d’envoi de la 11e édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, la tension monte doucement mais sûrement sur les quais de Saint-Malo et c’est d’autant plus vrai que la météo des premiers jours de course s’annonce plutôt tonique. Il y a fort à parier que les marins se fassent copieusement secouer dans les premiers milles. Pas de quoi entamer la sérénité de Nicolas Troussel. Le skipper du Class40 aux couleurs de Corum est assurément l’un de ceux qui a le plus navigué dans des conditions musclées ces derniers mois. Il a, en effet, fait le choix de régater dans les mers du nord. Prêt à s’engager à 100% dans sa course et à faire en sorte d’atteindre son objectif de victoire à Pointe-à-Pitre ainsi qu’il l’a rappelé ce jeudi matin lors de la conférence de presse qui s’est tenue en présence de Frédéric Puzin, Président de la société de gestion indépendante Corum.

La pression est désormais palpable sur les quais de la Cité Corsaire. Le départ de la transat en solitaire approche à grands pas, et au stress des grands jours s’ajoute clairement celui de la perspective d’une entame de course tonique avec l’arrivée d’un front perturbé par l’ouest et, à la clé, des rafales jusqu’à 25 nœuds. « Dans ce contexte, il y a des chances que l’on se fasse secouer d’emblée. Il faudra être prudent pour ne rien casser mais pour l’instant, je ne cogite pas trop d’autant que rien n’est figé. La situation continue d’évoluer chaque jour. Je préfère donc attendre dimanche matin pour commencer à parler du sujet sérieusement », annonce Nicolas Troussel qui sait par expérience qu’il ne sert à rien de se faire des plans sur la comète trop tôt. Qui sait aussi qu’il a déjà eu l’occasion d’éprouver sa monture dans des conditions de mer et de vent sportives.

 

Faire parler l’expérience

« J’aurais préféré, comme tout le monde, des conditions un peu plus clémentes pour commencer car je ne suis pas sadomasochiste mais j’avoue que ça me va bien malgré tout », avance le skipper de Corum, bien conscient que des premières heures de course toniques peuvent d’entrée de jeu créer des écarts au sein de la flotte. « Une entame musclée est susceptible de faire le tri, les marins les plus expérimentés ayant davantage l’habitude de négocier ces moments difficiles. Cela étant dit, le niveau de la Class40 sur cette Route du Rhum 2018 est vraiment très bon. Ces quatre dernières années, de nombreux projets se sont professionnalisés et certains de mes concurrents comptent aujourd’hui plusieurs années d’expérience sur le support mais je ne pense pas trop à ça. Je préfère me concentrer sur moi et sur ma relation avec mon bateau », affirme Nicolas Troussel dont l’indépendance d’esprit n’est plus à démontrer.

 

Faire sa course et croire en ses choix

 « Je vais faire ma course et ne jamais oublier qu’il peut se passer plein de choses, y compris au moment du départ. Partir avec autant de bateaux et autant de vedettes spectateurs sur l’eau, c’est quelque-chose de vraiment très impressionnant, même si on l’a déjà vécu deux fois, comme moi (en 2010 et en 2014, ndlr). Je garde d’ailleurs un assez mauvais souvenir de celui d’il y a quatre ans car j’avais été loffé par un 60 pieds IMOCA et il avait failli y avoir contact », se souvient le Finistérien qui compte bien s’imposer aux avant-postes dès les premiers milles… et y rester jusqu’à l’arrivée en Guadeloupe.

Frédéric Puzin, Président de Corum : « L’enthousiasme populaire pour la Route du Rhum est absolument incroyable. Il y a une forme de bienveillance pour la voile de la part des spectateurs comme il n’existe dans aucun autre sport. Les marins sont vraiment des héros et les gens les regardent, eux et leurs machines, avec des yeux admiratif mais avec aussi une pointe d’inquiétude devant ces drôles de machine. Ces hommes et ces femmes qui courent en solitaire sont engagés dans ce qu’ils font et c’est quelque chose qui marque lorsque l’on découvre ce milieu-là. Quand je me mets à leur place, je me dis que le contraste entre l’effervescence actuelle des pontons et ce qu’ils vont vivre en mer est vertigineux. Quoi qu’il en soit, à terre, il y a une tension croissante car on a tous très envie de suivre leurs courses sur l’océan. En ce qui me concerne, bien sûr, je vais suivre en particulier celle de Nicolas qui est une personnalité comme on les aime. Un très grand professionnel. Il ne lâche jamais rien et fait preuve d’une énergie  et d’une détermination démoniaque quand il est à bord d’un bateau. Il est très fort et ce, dans un spectre de compétences très large. Nous partageons beaucoup de choses avec lui et, pas seulement des valeurs d'engagement mais aussi une façon de penser. Cette Route du Rhum est pour Corum un test grandeur nature. Nous ferons une analyse de fond de ses retombées en janvier, sur la base d'études d'impact. Ce n'est pas qu'une question de notoriété. L'objectif est d'avoir le retour sur investissement le plus élevé possible. Nous déciderons de la suite à donner à la Route du Rhum après cette analyse. Si l’investissement est probant, nous passerons alors à la phase 2 du projet projet en accompagnant Nicolas dans la suite de son projet sportif. »

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