SCPI
Publié le 24.03.2026

Le Proche-Orient s'embrase, les Bourses chancellent. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran le 28 février 2026, les marchés financiers mondiaux vivent des semaines que beaucoup d'investisseurs préfèreraient oublier. Immédiatement après le démarrage du conflit, le CAC 40 a perdu près de 7 % en quelques jours, repassant sous la barre des 8 000 points. Le baril de Brent a bondi de 27 % pour frôler les 93 dollars. Les indices européens, plus exposés que leurs homologues américains à la région du Moyen-Orient pour leurs échanges et leurs marchés de consommation, ont encaissé des chutes comprises entre 5 et 7 %. (1)

C'est dans ce contexte que se pose une question très légitime pour tout épargnant : et mes placements, dans tout ça ?

La réponse n'est pas binaire. Tout dépend de la classe d'actifs. En effet, les SCPI, les fonds obligataires et le fonds euro ne fonctionnent pas comme des actifs cotées en Bourse. Leurs mécanismes propres, leurs horizons de temps, leurs sous-jacents réels font qu'ils réagissent différemment.

Le choc de mars 2026 : quand le Proche-Orient secoue les places financières

 

Depuis fin février, deux facteurs principaux se combinent pour perturber les marchés.

  • D'abord, le conflit militaire lui-même, qui crée un choc d'incertitude brutal sur les flux d'énergie transitant par le détroit d'Ormuz.
  • Et une menace de stagflation, c’est-à-dire l’inflation qui remonte sous l'effet du coût de l'énergie et la croissance qui ralentit.

C’est un fait, la dépendance de l'Europe au pétrole moyen-oriental est moindre qu'en 2022 lors de la crise ukrainienne. Reste que les marchés n'aiment pas l'incertitude. Et en mars 2026, l'incertitude est très élevée.

Les SCPI : pourquoi la pierre ne tremble pas au même rythme que la Bourse ?

 

La valeur d’une part de SCPI dépend principalement de la valeur du parc immobilier détenu, autrement dit de son sous-jacent, qui réagit de façon généralement moins volatile aux événements de marché que les actifs financiers. Ainsi, quand le CAC 40 perd 7 % en cinq séances, la part d'une SCPI n'affiche pas instantanément une chute brutale sur un écran.

Ceci étant dit, il est important de nuancer tout cela : si le marché immobilier reste souvent plus stable à court terme, il n’est pas pour autant à l’abri de corrections. Les SCPI évoluent dans un environnement où la valorisation des biens immobiliers peut être réévaluée périodiquement. Lors de ces expertises, en cas de retournement du marché ou de hausse rapide des taux, la valeur des biens détenus peut baisser de façon significative, entraînant une diminution notable du prix des parts. Ce phénomène, bien que moins fréquent et moins abrupt que sur les marchés actions, n’est pas à exclure et peut occasionner des pertes pour les investisseurs.

En revanche, cela signifie deux choses :

  • Premièrement, l’épargnant qui investit en SCPI subit généralement un stress psychologique moindre que l’actionnaire, puisque la valeur des parts ne s'effondre pas du jour au lendemain à chaque événement conjoncturel. Cependant, il doit garder à l’esprit que des corrections peuvent survenir lors des réévaluations, parfois avec des effets marqués.
  • Deuxièmement, les revenus potentiels d’une SCPI proviennent des loyers perçus sur des immeubles physiques, loués à des entreprises dans le cadre de baux commerciaux souvent pluriannuels. Un bail de 6, 8 ou 10 ans ne se résilie pas parce que le pétrole monte. Toutefois, une crise économique ou une forte inflation peut impacter la santé financière des locataires ou la valeur des biens immobiliers, ce qui peut à terme peser sur les distributions et la valeur des parts.

Pour rappel, CORUM gère quatre SCPI dont les taux de distribution (2) ont été compris entre 5,30 % pour CORUM XL en 2025 et 7,70 % pour CORUM USA (3), pour sa première année complète d'exploitation. CORUM Origin, la plus ancienne, a quant à elle maintenu ses objectifs non garantis pour la 14ème année consécutive (y compris pendant certaines périodes de crise), avec un taux de distribution de 6,50 %.

Dans la période actuelle, la diversification géographique permet de répartir les risques et de lisser les fluctuations ou les réactions au contexte économique. Cependant, il serait inexact de présenter les SCPI comme totalement imperméables aux crises. Lorsque l'inflation s'emballe durablement ou lorsque les taux d'intérêt remontent fortement sur la durée, cela peut peser sur les valeurs d'expertise des biens immobiliers et, à terme, sur les prix de parts. De plus, la liquidité des SCPI peut se révéler limitée en période de stress, rendant la revente des parts plus difficile.

L'obligataire : exposé mais résilient face aux turbulences

 

Les marchés obligataires réagissent à leur manière face aux crises. Pour autant, les fonds obligataires n’ont pas échappé à la tempête récente : ils ont subi, eux aussi, des secousses notables.

L’envolée de l’inflation anticipée propulse les taux vers le haut, ce qui, par ricochet, entraîne une baisse de la valeur des obligations déjà en circulation. Mais, généralement, les variations restent moins spectaculaires qu’en Bourse.

En effet, une obligation correspond à une dette assortie d’un engagement contractuel de remboursement, même s’il est important de préciser que ce remboursement reste soumis au risque de défaut de l’émetteur. À l’inverse, investir en actions, c’est miser sur le capital d’une entreprise, sans aucune promesse contractuelle de récupération des sommes investies. Dans les deux cas, il n’existe donc aucune garantie de capital pour l’investisseur.

C’est ce qui explique que les mouvements sur les marchés obligataires restent, dans l’ensemble, plus modérés et moins abrupts que ceux observés sur les marchés actions.

Pour l’épargnant en quête d’un compromis entre rendement et prise de risque, cette différence de comportement en période agitée plaide pour une diversification incluant l’obligataire.

L'OAT à 3,5 % : un signal paradoxalement positif pour certains placements

 

L’OAT, pour « Obligation Assimilable du Trésor », désigne l’un des emprunts emblématiques de l’État français. En pratique, cela signifie que la France sollicite les investisseurs pour lui prêter des fonds sur une période déterminée, souvent dix ans. Chaque année, ces investisseurs perçoivent des intérêts, appelés « coupons », avant de récupérer l’intégralité de leur capital à l’échéance.

Véritable baromètre des marchés financiers, l’OAT à 10 ans s’impose comme une référence : son taux agit directement sur le rendement des placements comme sur le coût des crédits en euros. Lorsque ce taux grimpe, les nouvelles émissions d’obligations deviennent plus attractives, offrant aux investisseurs des coupons plus généreux. Les gérants de fonds obligataires peuvent alors saisir des opportunités plus intéressantes qu’il y a quelques années. Certes, cette hausse pèse temporairement sur la valeur des portefeuilles existants, mais elle prépare aussi le terrain à des rendements potentiellement supérieurs à moyen terme.

C'est un fait : la progression des taux souverains, avec notamment l’OAT française à 10 ans évoluant autour de 3,5 % aujourd’hui, peut inquiéter les emprunteurs. En revanche, pour les épargnants qui misent sur les fonds obligataires ou les fonds euros, cette dynamique offre de nouvelles perspectives de rendement.

Les phases de chute boursière : une opportunité pour certains profils

 

En réalité, une correction boursière suscite toujours deux types de réactions opposées :

  • Les uns vendent, paniqués par les pertes latentes.
  • Les autres, plus patients, voient dans la baisse une occasion d'acheter à meilleur prix.

La vérité est que ces deux réactions peuvent se comprendre, selon l'horizon de placement et la tolérance au risque de chacun. Pour un épargnant qui a besoin de son argent dans les deux ans, une chute du CAC 40 de 7 % est une mauvaise nouvelle concrète. En revanche, pour quelqu'un qui investit à dix ou quinze ans, une correction crée mécaniquement un point d'entrée à des prix plus bas.

En revanche, la volatilité actuelle est maximale. La situation au Proche-Orient reste incertaine et le risque d'une extension du conflit ne peut pas être exclu. Si les cours du pétrole se maintenaient à leur niveau actuel toute l'année, les économistes anticipent un surcroît d'inflation de 1 à 2 points en Europe(1), ce qui pèserait sur le pouvoir d'achat, sur la consommation et, in fine, sur la croissance des entreprises cotées.

C'est pourquoi la prudence reste de mise. Or, diversifier, c'est justement ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, et ne pas s'exposer uniquement aux classes d'actifs les plus volatiles quand la visibilité est aussi réduite.

La tourmente géopolitique de ce début 2026 rappelle une évidence : les marchés peuvent se retourner très vite, et parfois sous l'effet de facteurs qu'aucun modèle ne prédit. Le conflit en Iran n'était pas dans les scénarios des grandes banques il y a encore six mois.

Face à cela, la diversification reste la réponse la plus raisonnable. Les SCPI offrent une exposition à l'immobilier physique, décorrélé des marchés boursiers à court terme. Les fonds obligataires, s'ils ne sont pas immunisés, se montrent structurellement moins volatils que les actions. Le fonds euro apporte, lui, une protection du capital pour les profils les plus prudents.

Malgré tout, aucun placement n'est un havre absolu.