Et si l'éducation financière s'enseignait à l'école ?
À chaque rentrée, les cahiers s'accumulent dans les cartables. Les mathématiques, la grammaire, l'histoire... mais toujours pas de budget, de taux d'intérêt ou de mécanismes de l'épargne dans les programmes scolaires. Or, selon le premier Baromètre CORUM L'Épargne « Générations Épargne », c'est précisément ce silence que les Français voudraient briser.
82 % des Français réclament l'école comme premier formateur financier
À chaque rentrée, les cahiers s'accumulent dans les cartables. Les mathématiques, la grammaire, l'histoire... mais toujours pas de budget, de taux d'intérêt ou de mécanismes de l'épargne dans les programmes scolaires. Or, selon le premier Baromètre CORUM L'Épargne « Générations Épargne », c'est précisément ce silence que les Français voudraient briser.
Le chiffre est sans ambiguïté : 82 % des Français souhaitent que l'école joue un rôle dans l'éducation financière (Sondage OpinionWay pour CORUM, avril 2026). Rares sont les sujets qui font l'objet d'un accord aussi large et ce consensus ne varie d’ailleurs que très peu selon les tranches d'âge : 80 % chez les 35-49 ans, 82 % chez les 65 ans et plus. Quelle que soit la génération, l'idée que l'école devrait enseigner les bases financières fait l'objet d'un accord presque unanime.
Les plus jeunes, premiers à pointer le manque
Le signal le plus fort vient de ceux qui sortent le plus récemment de l'école. 95 % des 18-24 ans souhaitent que l'école s'empare de l'éducation financière. Ce score semble donc bien être l'expression d'une frustration réelle : ceux qui viennent de sortir du cursus éducatif sont aussi les premiers à en mesurer les lacunes.
Ce qu'ils voudraient apprendre
Les attentes sont concrètes et révélatrices. Parmi les 18-24 ans, 74 % voudraient apprendre à gérer un budget, 60 % à se protéger des arnaques financières, et 46 % à comprendre comment investir.
Ce dernier chiffre mérite qu'on s'y attarde. Chez les 65 ans et plus, seuls 20 % souhaitent que l'école aborde l'investissement. Les deux générations ne demandent pas la même chose : les aînés attendent un socle défensif (gérer, se protéger), quand les jeunes veulent aussi construire une stratégie, arbitrer entre rendement et risque, se projeter dans le temps. La différence tient à un rapport à l'avenir fondamentalement distinct.
L'argent, ça s'apprend... mais comment et auprès de qui ?
En attendant que l'école prenne le relais, les Français apprennent les finances là où ils peuvent. Et le premier lieu d'apprentissage, c'est la maison !
Contrairement à une idée reçue, l'argent n'est pas un tabou absolu en France. 81 % des Français se disent ouverts à en parler en famille, et seuls 11 % le décrivent comme un sujet gênant. 69 % déclarent parler d'argent avec au moins un membre de leur famille, faisant de la sphère familiale le premier cercle de confiance financière.
Pour les 18-24 ans, ce sont en premier lieu les parents (66 %) qui jouent ce rôle de repère, avant les amis (51 %).
Intelligence artificielle et Internet : des sources complémentaires
L'intelligence artificielle s'installe aussi progressivement dans les pratiques. 30 % des 18-24 ans affirment qu’ils pourraient la consulter pour des décisions financières.
Comme le note Carole Rousseau, Présidente de CORUM L'Épargne : « L'IA est une source supplémentaire pour les épargnants. Elle ne remplace pour le moment pas les conseils familiaux. Le danger, c'est de décider seul ou avec de mauvaises sources, pas d'en avoir de supplémentaires. »
C'est précisément là que l'école est attendue : non pour remplacer la famille ou les conseillers, mais pour donner à chacun un socle commun, indépendamment de son milieu de naissance. Savoir lire une offre financière, mesurer un risque, distinguer rendement espéré et rendement garanti, reconnaître une arnaque : ces compétences ne s'acquièrent pas spontanément. Elles s'enseignent.
La prudence, vertu ou obstacle silencieux ?
Derrière la demande d'éducation financière se profile une réalité chiffrée plus profonde. 88 % des Français préfèrent limiter les risques quand ils investissent, contre seulement 12 % qui accepteraient d'en prendre pour maximiser leurs gains. Cette prudence se comprend, surtout dans un contexte économique que beaucoup perçoivent comme incertain. Elle a pourtant un coût, souvent silencieux : une épargne peu ou mal investie, et un avenir moins bien préparé qu'on ne se l'imagine.
Les jeunes entrouvrent la porte
Les 18-24 ans se distinguent sur ce point. 20 % d'entre eux se disent prêts à prendre des risques pour rechercher un meilleur rendement, soit quatre fois plus que les 65 ans et plus (5 %). Cette différence tient à un horizon de placement plus long, et à une exposition plus grande aux discours sur la diversification et l'investissement.
Mais il serait faux d'en conclure que la jeunesse est devenue téméraire : 80 % des 18-24 ans préfèrent encore la sécurité. Leur singularité tient plutôt à une ouverture plus grande à l'arbitrage. Et cette ouverture renvoie directement à leur demande d'éducation financière : pour accepter un risque mesuré, encore faut-il comprendre ce que l'on fait.
Rarement une demande sociale aura été aussi lisible : l'éducation financière à l'école est une attente très présente.
Cela traduit une chose essentielle : comprendre l'argent ne devrait pas être un luxe réservé à ceux qui ont eu la chance d'en parler à la maison. C'est une compétence de base, au même titre que savoir lire ou calculer. Et si l'école est le lieu où ces compétences fondamentales se transmettent à tous, pourquoi l'argent ferait-il exception ?