Le taux de l’État monte. Pourquoi votre fonds en euros ne suit-il pas immédiatement ?
Pour se financer, l’État français peut emprunter de l’argent auprès d’investisseurs. Il utilise notamment des OAT, ou « obligations assimilables du Trésor ». En septembre 2026, le taux de référence de ces emprunts à dix ans a augmenté. Mais cela ne signifie pas que le fonds en euros de votre assurance vie va vous rapporter davantage dès maintenant. Pourquoi cette hausse met-elle du temps à se transmettre ? Explications.
Le taux de l’OAT change, pas les intérêts des anciennes obligations
Une obligation, c’est un prêt. Vous prêtez de l’argent à un emprunteur, qui s’engage à vous verser des intérêts et à vous rendre votre argent à une date prévue. Un État peut lui aussi emprunter de cette façon. En France, ces emprunts s’appellent des OAT, pour « obligations assimilables du Trésor ».
Le taux de l’OAT correspond aux intérêts proposés lorsqu’un investisseur prête de l’argent à l’État français.
Pour vous donner un ordre de grandeur, le taux de référence à 10 ans des emprunts de l’État français, appelé TEC 10, est passé de 4,19 % le 1er septembre à 4,63 % le 25 septembre 2026. (1)
Le fonds euros, quant à lui, est un placement proposé dans une assurance vie. L’assureur gère l’argent qui y est placé : il peut notamment l’investir dans des obligations, comme celles émises par les États (dont les OAT) ou par des entreprises.
Mais le taux de l’OAT n’est pas celui de votre assurance vie. Votre fonds en euros détient déjà des obligations, achetées à d’autres moments et donc à d’autres taux. La plupart sont à taux fixe : leurs intérêts sont fixés dès le départ et ne changent pas lorsque les taux du marché montent. Une obligation achetée pendant une période de taux bas ne verse donc pas soudain davantage d'intérêts. En revanche, sa valeur de marché peut baisser, comme nous le verrons plus loin.
Le fonds peut aussi détenir des obligations à taux variable. Leurs intérêts sont révisés régulièrement, en fonction des taux du marché. Ils peuvent donc augmenter ou baisser, mais seulement au moment de ces ajustements.
Le taux du marché reflète les conditions d’achat du moment. Or, le rendement du portefeuille dépend aussi des achats réalisés dans le passé. C’est ce décalage qui freine la transmission de la hausse de l’OAT au fonds en euros.
Le fonds en euros se renouvelle petit à petit
Un fonds en euros ne repart pas de zéro chaque année. Il conserve des obligations achetées hier et en acquiert de nouvelles aujourd’hui. Son taux reflète donc un mélange de placements anciens et récents.
Quand vous versez de l’argent sur une assurance vie, l’assureur peut le placer aux taux du moment. Mais ces nouveaux versements ne représentent qu’une partie de l’argent investi dans le fonds.
Pour investir davantage aux nouveaux taux, l’assureur doit aussi attendre que les obligations qu’il détient arrivent à leur date de remboursement. À ce moment-là, l’emprunteur, par exemple l’État ou une entreprise, rembourse l’argent emprunté. L’assureur peut alors l'investir dans de nouvelles obligations, au nouveau taux.
Bien entendu, ces remboursements n’arrivent pas tous le même jour. Le fonds en euros se renouvelle donc petit à petit, au fil des nouveaux versements des épargnants et des remboursements.
La hausse du taux de l’OAT peut donc améliorer les conditions des nouveaux placements. Mais elle ne change pas les intérêts des obligations déjà détenues. C’est pourquoi le rendement du fonds en euros ne monte pas du jour au lendemain.
Pourquoi ne pas tout vendre pour acheter au nouveau taux ?
On pourrait penser que l’assureur peut vendre ses anciennes obligations pour en acheter de nouvelles, mieux rémunérées. Mais ce n’est pas si simple…
Quand les taux montent, les anciennes obligations, qui rapportent moins, valent généralement moins cher. Si l’assureur les vend avant leur date de remboursement, il peut donc perdre de l’argent.
Il vaut souvent mieux attendre que l’emprunteur rende l’argent prévu. L’assureur peut alors placer cette somme dans une nouvelle obligation, avec un taux potentiellement plus intéressant.
Un fonds en euros ne se résume pas à la dette française
Le fonds en euros ne place pas tout votre argent dans des emprunts de l’État français via les OAT.
Il peut aussi prêter de l’argent à d’autres États et à des entreprises. Il peut également investir dans d’autres placements, comme des actions ou de l’immobilier.
À fin 2025, les emprunts de l’État français représentaient en moyenne 26 % des obligations détenues par les assureurs français (2). Ce chiffre concerne l’ensemble des assureurs. Il ne correspond pas forcément à la composition de votre fonds en euros.
La hausse du taux de l’OAT ne concerne donc qu’une partie des placements. Pour connaître la composition exacte d’un fonds, il faut consulter sa documentation.
Le taux de votre fonds dépend aussi des choix de votre assureur
Enfin, rappelons que le taux versé ne dépend pas seulement des placements. Il dépend aussi des frais de gestion et des choix de l’assureur.
L’assureur peut ainsi mettre de côté une partie des gains pour les distribuer plus tard. Cette réserve s’appelle la provision pour participation aux bénéfices. Elle peut contribuer à lisser les variations du taux d’une année sur l’autre, mais elle ne transforme pas le taux du fonds en euros en rémunération garantie.
Deux fonds en euros peuvent donc réagir différemment à la même hausse des taux. Le capital du fonds en euros est garanti par l’assureur, diminué des frais de gestion. En revanche, il ne garantit pas un taux de rémunération précis.
La hausse du taux de l’OAT peut améliorer progressivement les conditions auxquelles l’assureur investit les nouveaux versements de ses épargnants et les sommes remboursées. Mais elle ne suffit pas à prévoir le taux futur d’un fonds en euros. Pour comprendre ce que vous détenez, regardez sa composition, ses frais et les règles de rémunération. Le bon réflexe n’est donc pas d’attendre une réaction automatique, mais de comprendre ce qui compose réellement votre placement.
(1) Agence France Trésor, TEC 10 du jour, données au 25/09/2026 - https://www.aft.gouv.fr/fr/tec-10-du-jour
(2) ACPR, Analyses et synthèses n° 181, 30/06/2026, données au 31/12/2025 - https://acpr.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/ndeg-181-la-situation-des-assureurs-en-france-fin-2025