Indépendants et freelances : comment préparer sa retraite en 2026 ?
Quand on travaille à son compte, on développe souvent le réflexe de l'anticipation : trouver ses prochaines missions, gérer sa trésorerie, planifier ses charges… Pourtant, une question fondamentale reste souvent reléguée au second plan : que se passera-t-il au moment de ralentir, voire d'arrêter complètement ?
La retraite des indépendants n'a rien d'automatique. Contrairement aux salariés qui bénéficient de cotisations patronales et de régimes complémentaires financés par leurs employeurs, les travailleurs non-salariés (TNS) construisent leurs droits sur la seule base de leurs revenus déclarés.
Par ailleurs, la réforme des retraites de 2023 a relevé l'âge légal de départ à 64 ans et fixé à 172 trimestres le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein pour les générations nées après 1973 (loi n° 2023-270 du 14 avril 2023). Un calendrier que les parcours d'indépendants, parfois discontinus ou tardifs, n'atteignent pas toujours facilement.
C'est pourquoi se constituer une épargne complémentaire n'est pas une option pour les freelances et les indépendants : c'est une nécessité. Et le Plan d'Épargne Retraite (PER) est aujourd'hui l'outil le mieux structuré pour y répondre.
Le régime obligatoire : un socle rarement suffisant
Les TNS cotisent bien à un système de retraite obligatoire. Les artisans, commerçants et micro-entrepreneurs sont affiliés à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), tandis que les professions libérales relèvent de caisses spécifiques selon leur secteur (CIPAV, CARMF, CARPIMKO, CNBF, entre autres). Ces régimes de base et complémentaires génèrent des droits réels, mais leurs bases de cotisation restent structurellement inférieures à celles des salariés.
À titre d'exemple, fin 2020, la pension totale brute mensuelle des anciens non-salariés s'élevait en moyenne à 1 180 €, contre 1 540 € pour l'ensemble des retraités (INSEE, Emploi et revenus des indépendants, édition 2025, données DREES EIR 2020 1). Un écart de près de 360 € par mois, qui cache toutefois de fortes disparités : les anciens artisans et commerçants affichent une pension moyenne de 1 230 €, tandis que les anciens exploitants agricoles descendent à 810 €. Seules les professions libérales s'affranchissent de cette tendance, avec une moyenne de 2 570 € mensuelle, reflet de niveaux de cotisation et de revenus plus élevés.
Cette réalité n'est pas une fatalité, mais elle impose une anticipation sérieuse. Plus l'épargnant commence tôt, plus le temps joue en sa faveur grâce à l'effet de capitalisation. Concrètement, les gains générés par une épargne ne s'ajoutent pas seulement au capital initial : ils viennent l'augmenter, puis produisent à leur tour de nouveaux gains. Sur plusieurs décennies, ce mécanisme peut créer un véritable « effet boule de neige » et contribuer à renforcer progressivement l'épargne constituée. Il peut ainsi aider à compenser, au moins en partie, l'écart creusé par les régimes obligatoires.
À ce stade, le PER individuel constitue l'une des réponses possibles, à examiner en fonction de la situation personnelle.
Le PER, un outil particulièrement adapté aux indépendants
Le Plan d'Épargne Retraite individuel permet d'épargner pendant la vie active, puis de récupérer son capital à la retraite, sous forme de capital ou de rente viagère. Sa flexibilité en fait un produit adapté aux indépendants : aucun versement régulier n'est imposé. Les bonnes années, on alimente ainsi généreusement le plan. Les années plus difficiles, on peut suspendre totalement les versements. Cette liberté colle naturellement aux revenus variables qui caractérisent la majorité des parcours d'indépendants.
Un plafond de déduction fiscale bien plus élevé pour les TNS
L'atout principal du PER pour les indépendants réside dans sa déductibilité fiscale. Les versements volontaires effectués sur un PER sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d'un plafond annuel. Et ce plafond est sensiblement plus favorable pour les TNS que pour les salariés.
En 2026, un travailleur non salarié peut déduire jusqu'à 88 911 € de son bénéfice imposable (article 154 bis du Code général des impôts ; PASS 2026 = 48 060 €, arrêté du 22/12/2025). Ce plafond combine 10 % du bénéfice net imposable et 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 fois le PASS. À titre de comparaison, le plafond d'un salarié est limité à 37 680 € pour la même année.
Concrètement : un indépendant dont la tranche marginale d'imposition (TMI) est de 41 % et qui verse 10 000 € sur son PER réduit son impôt de 4 100 €. Son effort d'épargne réel n'est donc que de 5 900 €. Et pour les TNS relevant du régime réel (BIC ou BNC), l'avantage est double : les versements déduits du bénéfice professionnel réduisent également l'assiette de calcul des cotisations sociales obligatoires, ce qui amplifie l'effet global de la déduction.
Cette mécanique est d'autant plus pertinente les années où les revenus sont élevés. Elle permet de lisser la pression fiscale tout en capitalisant pour l'avenir, évitant ainsi de basculer dans une tranche d'imposition supérieure.
Et pour les micro-entrepreneurs ?
Le cas des micro-entrepreneurs mérite une attention particulière. Contrairement aux travailleurs indépendants au régime réel, ils ne peuvent pas déduire leurs versements sur un PER directement de leur chiffre d'affaires professionnel. En effet, dans le régime micro-BIC ou micro-BNC, l'administration applique déjà un abattement forfaitaire pour tenir compte des charges : il n'est donc pas possible de déduire en plus les versements au PER au titre des charges professionnelles. En revanche, ces versements peuvent toujours être déduits du revenu global du foyer fiscal, dans les mêmes conditions que pour un salarié, dans la limite du plafond applicable. L'avantage fiscal existe donc bien, mais il est généralement moins important que pour un indépendant imposé au régime réel, qui peut bénéficier d'un plafond de déduction plus élevé.
La fiscalité : un accélérateur, pas une boussole
Réduire ses impôts en alimentant un PER est indéniablement séduisant. Mais une règle reste valable dans tous les cas : il vaut mieux payer de l'impôt sur une bonne performance que défiscaliser sur un produit de mauvaise qualité. La fiscalité du PER est une spécificité à étudier, à condition que le contrat lui-même tienne la route : qualité des supports d'investissement, frais maîtrisés, transparence dans la gestion.
Un autre élément à intégrer dans le calcul : les versements déduits à l'entrée seront fiscalisés à la sortie (lors du déblocage du capital ou de la liquidation en rente). Le PER repose davantage sur un report d'imposition que sur une exonération pure. Le gain réel dépend de l'écart entre la TMI pendant la phase d'épargne et celle que l'on envisage au moment de la retraite, généralement plus faible. C'est pourquoi chaque versement mérite d'être calibré selon sa situation propre et non dicté uniquement par un objectif fiscal de court terme.
Rente ou capital : un choix irrévocable à ne pas prendre à la légère
Au moment de débloquer son PER, l'épargnant choisit entre une sortie en capital (récupération d'une somme en une ou plusieurs fois) et une rente viagère (versement d'un revenu à vie). Ce choix peut être déterminé à l'avance selon les modalités du contrat, et une fois acté, il ne peut plus être modifié.
La rente viagère peut sembler rassurante. Un revenu garanti à vie, c'est une promesse de sécurité. Mais ses conditions de calcul méritent un examen attentif. Les barèmes utilisés par les assureurs reposent sur des tables de mortalité qui intègrent généralement une haute espérance de vie, ce qui réduit mécaniquement le montant de rente versé chaque année. Et surtout : en cas de décès avant d'avoir « récupéré » son capital, l'assureur conserve les sommes restantes. Celles-ci sortent de la succession et ne sont pas transmises aux héritiers.
La sortie en capital, ou en capital fractionné, offre davantage de maîtrise sur les sommes récupérées et préserve la possibilité de transmettre le patrimoine constitué. Pour de nombreux profils d'indépendants, notamment ceux ayant déjà constitué un patrimoine immobilier ou financier par ailleurs, cette option mérite une analyse approfondie avant toute décision.
Gestion pilotée à horizon : les limites des automatismes
La quasi-totalité des PER du marché propose une gestion pilotée à horizon : à mesure que l'épargnant se rapproche de la retraite, les fonds sont automatiquement réorientés vers des supports moins risqués. L'intention est louable, mais la réalité peut être plus nuancée.
Ces arbitrages automatiques se déclenchent selon un calendrier prédéfini, indépendamment des conditions de marché. Vendre des unités de compte en phase de repli pour basculer vers un fonds euro faiblement rémunérateur, c'est potentiellement cristalliser une moins-value au pire moment. À l'inverse, continuer à s'exposer à des marchés porteurs à quelques années de la retraite peut contribuer à valoriser significativement l'épargne constituée.
Un accompagnement personnalisé, avec des arbitrages réfléchis en fonction du contexte économique et de la situation personnelle de l'épargnant, reste souvent plus pertinent qu'un pilotage automatique insensible aux aléas des marchés.
PERLife, le PER de CORUM L'Épargne
CORUM L'Épargne propose son plan d'épargne retraite : PERLife. Ce contrat individuel permet d'investir sur différents supports, dès 50 euros, dont un fonds euro (CORUM Euro) et des unités de compte, dans un cadre accessible via un parcours de souscription entièrement en ligne.
Comme tout placement à long terme, les unités de compte présentent un risque de perte en capital. Les performances des supports ne sont pas garanties. L'épargne investie dans un PER est bloquée jusqu'à l'âge légal de départ à la retraite, sauf dans les cas de déblocage anticipé prévus par la loi.
Préparer sa retraite en tant qu'indépendant permet de prendre en main une responsabilité que personne n'assumera à votre place. Les régimes obligatoires offrent un socle, mais rarement un niveau de vie suffisant pour maintenir ses habitudes une fois la carrière terminée. Le PER apporte une réponse structurée à cette problématique : souplesse de versement, déductibilité fiscale particulièrement généreuse pour les TNS au régime réel, capitalisation sur le long terme… Reste à choisir un contrat de qualité, à calibrer ses versements intelligemment selon ses revenus de l'année, et à ne pas laisser la seule mécanique fiscale dicter ses choix. L'objectif premier demeure de se constituer une épargne robuste sur le long terme ; les bénéfices fiscaux qui l'accompagnent ne sont alors que la conséquence d'une bonne décision d'épargne.