Assurance vie
Publié le 10.06.2026

Début 2026, tout semblait aller dans le bon sens. L'inflation en zone euro avait reflué à 1,7 % en janvier (1), la Banque centrale européenne poursuivait son cycle d'assouplissement, et les taux directeurs se stabilisaient à des niveaux jugés raisonnables par les marchés. Quelques semaines plus tard, le tableau a changé de couleur.

Portée par la flambée des prix de l'énergie, directement alimentée par les tensions persistantes au Moyen-Orient, l'inflation en zone euro devrait atteindre 3,5 % cette année (2).

La BCE, réunie le 30 avril, a maintenu son taux de dépôt à 2 % (3). Mais les discussions internes ont inclus, pour la première fois depuis plusieurs réunions, un débat sérieux sur l'opportunité d'une hausse dès juin. Pour les épargnants, cet environnement mérite donc une lecture attentive.

Une remontée des prix plus rapide que prévu

La trajectoire depuis janvier 2026

La vitesse du rebond est ce qui frappe le plus. Selon Eurostat, en l'espace de quatre mois, l'inflation en zone euro a progressé de 1,3 point de pourcentage : 1,7 % en janvier, 1,9 % en février, 3,0 % en avril. Ce rythme de progression illustre la nature particulière du choc en cours : il ne vient pas d'une demande domestique débridée, mais d'un choc d'offre extérieur.

L'inflation sous-jacente, qui exclut l'énergie et l'alimentation, reste de son côté plus modérée à 2,2 % en avril.

C'est un signal ambigu pour la BCE : la hausse des prix n'est pas encore ancrée, mais elle pourrait le devenir si les anticipations d'inflation se dégradent.

L'énergie, moteur principal d'un choc importé

Les prix du pétrole ont atteint des niveaux que les marchés n'avaient pas observés depuis plusieurs années, sous l'effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Cette hausse s'est répercutée sur l'ensemble des coûts énergétiques, puis partiellement sur les prix à la production et à la consommation.

Ce type de choc est particulièrement difficile à traiter pour une banque centrale. Relever les taux n'a aucun effet sur le prix du baril de pétrole ; cela pèse en revanche directement sur la croissance et le crédit. C'est donc précisément l'équation que la BCE doit résoudre à l'approche de sa réunion de juin.

La BCE entre statu quo et resserrement : un dilemme réel

La décision du 30 avril 2026 de maintenir les taux à 2 % n'avait rien d'une décision facile.

Le problème est structurel : avec une croissance en zone euro attendue à seulement 0,9 % en 2026 (4), l'économie européenne n'est pas en surchauffe. Relever les taux dans ce contexte, c'est donc risquer de transformer un ralentissement en récession. Ne pas les relever, c'est envoyer un signal que la BCE tolère une inflation durablement au-dessus de sa cible.

Pour les épargnants, cette ambiguïté a une conséquence pratique : l'environnement de taux reste incertain dans les deux sens. Les arbitrages réalisés il y a six mois, dans un contexte de détente monétaire assumée, méritent aujourd'hui d'être réexaminés.

Concrètement, qu'est-ce que ça change pour les épargnants ?

Les livrets réglementés : une protection partielle

Le Livret A et les autres livrets réglementés bénéficient d'un mécanisme d'indexation partielle sur l'inflation, ce qui leur confère une certaine résilience, en théorie. Mais, pour l'heure, avec une inflation réelle autour de 3 %, un livret rémunéré à 1,4 % sert un rendement réel négatif : le pouvoir d'achat de l'épargne se dégrade. La baisse récente de leur rémunération s'explique d'ailleurs en partie par le reflux antérieur de l'inflation. À l'inverse, si la hausse des prix devait s'installer dans la durée, une remontée de leur taux serait possible lors de prochaines révisions, mais toujours avec un temps de retard sur l'évolution réelle de l'inflation.

De manière générale, ces placements restent pertinents pour la liquidité à court terme et la constitution d'une réserve de précaution, mais ils ne constituent pas une stratégie d'épargne longue.

Les fonds euros : capital préservé, mais pouvoir d'achat sous tension

Sur les contrats d'assurance vie, les fonds euros garantissent le capital (diminué des frais de gestion). Cette protection nominale est réelle et rassurante dans un environnement volatile. Reste que, face à une inflation à 3 %, même un fonds euro qui sert 3 % brut de rendement annuel peine à maintenir la valeur réelle de l'épargne une fois la fiscalité et les frais déduits. Ce n'est pas une raison d'en sortir précipitamment, mais c'est une invitation à ne pas y concentrer l'intégralité de son patrimoine, et à rechercher une assurance vie avec un rendement compétitif sur son fonds euros.

Le fonds euros CORUM EuroLife a affiché un rendement de 4,10 % en 2025. (5)

Les obligations : la mécanique de taux joue contre les détenteurs longue durée

Si la BCE relève effectivement ses taux en juin ou dans les mois suivants, les porteurs d'obligations à taux fixe et à longue maturité verront mécaniquement la valeur de leurs positions se déprécier. Le prix d'une obligation évolue à l'inverse des taux : quand les taux montent, les obligations existantes valent moins sur le marché secondaire. Cette réalité comptable, souvent oubliée dans les périodes de taux bas, revient donc actuellement sur le devant de la scène.

La SCPI dans ce contexte : une lecture plus nuancée qu'il n'y paraît

Quand les taux remontent, le réflexe est souvent de se méfier de l'immobilier. C'est compréhensible, mais pour les SCPI, la réalité est plus subtile.

Imaginez deux périodes distinctes. Pendant des années de taux très bas, tout le monde cherche à placer son argent dans l'immobilier : la demande est forte, les prix s'envolent, et les gérants de SCPI se retrouvent à acheter plus cher.

Quand les taux remontent et que les prix se corrigent à la baisse, la situation s'inverse : les sociétés de gestion qui ont gardé leur discipline et leurs liquidités peuvent acheter à de meilleures conditions, ce qui peut profiter aux associés sur le long terme.

L'autre point clé à comprendre sur les SCPI : les revenus potentiels qu'elles distribuent ne viennent pas de la hausse ou de la baisse des prix de l'immobilier au jour le jour. Ils viennent des loyers potentiels encaissés sur les immeubles détenus. Tant que les locataires paient leur loyer, les distributions peuvent être maintenues (même si elles restent variables d'une période à l'autre et ne sont pas garanties), indépendamment de ce que font les marchés financiers. De plus, dans un contexte inflationniste, les loyers commerciaux ont tendance à s'ajuster à la hausse dans la durée, ce qui peut partiellement protéger le pouvoir d'achat des revenus distribués. Mais rien n'est garanti : si des locataires font défaut ou si des immeubles se vident, les revenus baissent.

Un printemps à 3 % d'inflation ne remet pas en cause les fondamentaux de l'épargne longue. Mais il rappelle une évidence : l'inflation érode silencieusement les rendements réels, et tous les placements n'y répondent pas de la même façon. Diversifier ses supports d'épargne est un principe qui retrouve donc aujourd'hui tout son sens. Avec, en toile de fond, la même prudence fondamentale : aucun placement ne garantit un rendement, et tout investissement comporte un risque de perte en capital.