Livret A et Livret de développement durable et solidaire (LDDS) : le désamour des épargnants français
Pendant des décennies, le Livret A a incarné "l'épargne à la française" : accessible, garanti, défiscalisé. Une sorte de matelas rassurant que l'on gonfle presque par réflexe. Mais, en 2026, quelque chose a changé. Depuis plusieurs mois, les Français retirent davantage qu'ils ne déposent, un phénomène que les statisticiens appellent la décollecte, et qui traduit, concrètement, une désaffection progressive pour ce produit longtemps jugé indétrônable.
La décollecte en quelques chiffres
Les chiffres publiés le 24 mars 2026 par la Caisse des Dépôts et Consignations, dans son communiqué officiel sur la collecte mensuelle de l'épargne réglementée, sont sans ambiguïté : le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) affichent ensemble une décollecte nette de 0,74 milliard d'euros au titre du seul mois de février 2026. Sur les deux premiers mois de l'année, c'est 3,01 milliards d'euros qui ont quitté ces deux livrets.
Si l'encours total consolidé de ces deux livrets s'établit à 612,2 milliards d'euros fin février 2026, la tendance est bien là, et elle parle d'elle-même.
D’ailleurs, ce n'est pas un accident isolé. Octobre 2025 avait déjà vu une décollecte record de 5,10 milliards d'euros en un seul mois. C’est un fait : la dynamique de long terme, autrefois clairement positive, s'est retournée.
Pourquoi les Français retirent-ils leur épargne des livrets réglementés ?
Un taux qui ne suit plus l'inflation
La réponse tient en grande partie dans un chiffre : 1,5 %. C'est le taux de rémunération du Livret A depuis le 1er février 2026. Pour des ménages qui avaient redécouvert leur livret à l'occasion de la hausse des taux en 2022 et 2023, le retour à une rémunération modeste a logiquement refroidi les ardeurs.
Par ailleurs, le problème ne se résume pas à un taux jugé faible en valeur absolue : c'est plutôt le rapport à l'inflation qui interpelle. Quand les prix continuent d'augmenter à un rythme qui dépasse le rendement du livret, l'épargne conservée dans ce cadre perd mécaniquement du pouvoir d'achat.
Imaginez que les prix augmentent de 3 % par an à cause de l’inflation, mais que votre Livret A ne rapporte que 1,5 % par an. En plaçant 1 000 € sur votre Livret A, vous recevez 15 € d'intérêt après un an. Mais dans le même temps, ce que vous pouvez acheter avec 1 000 € coûte désormais 1 030 €. Résultat : même si votre épargne augmente en valeur, elle vous permet d’acheter moins de choses, donc votre pouvoir d’achat baisse.
Le LEP fait de la résistance
Néanmoins, tous les livrets réglementés ne souffrent pas au même rythme. Le Livret d'épargne populaire (LEP), réservé aux ménages sous conditions de ressources, enregistre une collecte positive de 0,18 milliard d'euros en février 2026, portant son encours à 84,0 milliards d'euros. Pourquoi cela ? Parce que son taux, maintenu à 2,5 %, reste plus attractif que celui du Livret A.
Un contexte financier qui invite à diversifier
La remontée puis la redescente des taux d'intérêt en Europe a remodelé le paysage de l'épargne. Pendant longtemps, placer son argent autrement qu'en livret ou en fonds euros d'assurance vie semblait réservé aux initiés. Ce n'est plus vraiment le cas.
Les épargnants sont aujourd’hui mieux informés et plus mobiles : ils comparent, arbitrent, et font bouger leur argent vers des placements qu'ils espèrent plus rémunérateurs.
Vers quels placements se tourner ?
L'assurance vie, toujours présente dans le paysage de l’épargne
L'assurance vie reste l'enveloppe fiscale préférée des Français, en partie grâce à l'attrait de la diversification des supports proposés. En fonction des profils et des horizons de placement, les unités de compte des contrats d’assurance vie (c’est-à-dire l’épargne en actions, en obligations ou en immobilier) permettent d'exposer son capital à des rendements potentiellement plus élevés. Potentiellement... Contrairement au Livret A, ces supports ne garantissent pas le capital. La valeur des unités de compte peut fluctuer à la hausse comme à la baisse, et les performances passées ne présagent pas des performances futures.
Les SCPI : un accès indirect à l'immobilier
Les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) connaissent depuis plusieurs années un intérêt croissant de la part des épargnants qui souhaitent s'exposer à l'immobilier sans en assumer la gestion directe (en contrepartie de frais). Le principe : on achète des parts d'une société qui détient un parc immobilier diversifié, en Europe et même au-delà, et on perçoit une partie des revenus potentiels issus des loyers. L'attrait de ces produits repose, là-encore, sur des objectifs de rendement (non garantis) qui peuvent dépasser ceux du Livret A ou du LDDS. Mais, là encore, plusieurs risques doivent être clairement compris avant de franchir le pas. La liquidité d'une SCPI n'est pas comparable à celle d'un livret bancaire : revendre ses parts peut prendre du temps. Le capital n'est pas garanti. Les revenus versés ne sont pas contractuels et peuvent varier selon les conditions de marché et la vacance des biens. Un placement en SCPI s'envisage donc sur un horizon long, généralement de huit à dix ans au minimum.
Les fonds obligataires : une autre manière de prêter son argent
Face à la compression des rendements des livrets, certains épargnants se tournent aussi vers les fonds d'obligations d'entreprises. L'idée est la suivante : plutôt que de confier son argent à une banque qui rémunère peu, comme sur un Livret A, on prête directement, via un fonds, à des entreprises qui empruntent sur les marchés.
En achetant des parts du fonds, vous prêtez ainsi indirectement à des sociétés. En échange, vous percevez des intérêts, dont le montant dépend des taux du marché et de la santé financière des entreprises emprunteuses. Ce type de placement est plus risqué qu’un livret bancaire (car le risque de défaut de l’emprunteur est bien réel), mais il offre généralement un potentiel de rendement supérieur.
Là encore, il s'agit d'un placement soumis à des risques spécifiques. Ces produits s'adressent à des épargnants conscients que la recherche de rendement s'accompagne toujours d'une prise de risque proportionnelle.
Lire la décollecte du Livret A comme un simple signe de méfiance des épargnants serait réducteur. Ce mouvement de fond témoigne d'une évolution plus structurelle : les Français ont appris à ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier et à ne pas laisser dormir tout leur argent sur des livrets réglementés.
Le Livret A et le LDDS gardent des atouts que leurs concurrents n'ont pas : la disponibilité immédiate des fonds, la garantie de l'État, l'absence de fiscalité sur les intérêts et la simplicité. La vraie question n'est pas de savoir si le Livret A est obsolète, mais de déterminer quelle part de son épargne y laisser, et quelle part affecter à des véhicules potentiellement mieux rémunérateurs, en ayant une vision lucide des risques associés.
C'est justement ce rééquilibrage entre sécurité et performance que recherchent aujourd'hui des millions d'épargnants français. Et si les chiffres de la Caisse des Dépôts confirment que le mouvement est déjà bien entamé, la route vers une épargne mieux diversifiée reste, pour beaucoup, encore à construire. En ce sens, les conseillers de CORUM L’Épargne vous accompagnent dans cette démarche.