Quand l’économie résiste mais que la Bourse hésite
Une économie peut continuer d’avancer pendant que les marchés financiers hésitent. Ce décalage n’a rien d’anormal : la croissance décrit surtout ce qui vient de se passer, tandis que la Bourse essaie déjà d’anticiper la suite. Les marchés ne se contentent pas de regarder la croissance du jour : ils évaluent ce qu’elle pourrait signifier pour les mois à venir.
Une croissance positive ne suffit pas à faire monter les actions
La croissance mesure l’évolution de la production de biens et de services. Elle donne une photographie de l’économie, souvent avec un léger décalage.
La Bourse, elle, fonctionne ainsi : les investisseurs confrontent en permanence leurs attentes, leurs craintes et le prix qu’ils acceptent de payer pour une action.
Une bonne nouvelle pour l’économie ne fait donc pas forcément monter les cours de Bourse. Si cette nouvelle était déjà attendue, les investisseurs peuvent rester prudents. À l’inverse, un chiffre moins bon que prévu peut faire baisser les cours, même si l’économie continue de progresser. Ce qui compte pour le marché, c’est surtout la différence entre le résultat annoncé et ce qui était anticipé.
Cette logique explique pourquoi deux indicateurs peuvent sembler se contredire.
Un exemple concret pour mieux comprendre
Le 10 janvier 2025, les États-Unis ont publié de solides chiffres sur l’emploi. 256 000 emplois avaient été créés en décembre 2024 et le chômage s’établissait à 4,1 %, selon le Bureau américain des statistiques du travail. Ces chiffres montraient que l’économie américaine résistait mieux que prévu. (1)
Pourtant, ce jour-là, le marché actions reculait. L’explication ? Un autre paramètre : les taux d’intérêt, c’est-à-dire le coût auquel les ménages et les entreprises peuvent emprunter. Face à cette bonne nouvelle sur l’emploi, les investisseurs ont craint que la Réserve fédérale maintienne ses taux à un niveau élevé plus longtemps. Les investisseurs ont donc revu leurs prévisions, de peur que les taux élevés freinent les projets des entreprises. Les rendements obligataires ont progressé mais le S&P 500 (indice regroupant 500 grandes entreprises américaines) a perdu environ 1 % dans la journée. (2)
Preuve qu’une bonne nouvelle pour l’économie n’est pas toujours une bonne nouvelle pour la Bourse !
La Bourse regarde déjà demain
Les anticipations sont déjà intégrées dans les cours
Le prix d’une action ne reflète pas seulement la situation actuelle d’une entreprise. Il intègre aussi une estimation de ses résultats futurs. Si une entreprise annonce une hausse de ses bénéfices, le cours peut ne presque pas bouger si cette progression était déjà prévue. En revanche, une perspective moins favorable peut provoquer une réaction rapide, même lorsque les résultats du trimestre restent corrects.
Autrement dit, le marché peut parfois prendre le dessus sur l’économie d’aujourd’hui. Les investisseurs cherchent surtout à savoir si les bénéfices pourront continuer à progresser au rythme attendu.
Les taux d’intérêt changent les perspectives
Dans ce contexte, les taux d’intérêt jouent un rôle central. Quand ils montent, se financer coûte généralement plus cher aux ménages et aux entreprises. Les résultats futurs peuvent alors être revus à la baisse, ce qui impacte aussitôt la Bourse.
Le mouvement inverse existe aussi. Une baisse des taux peut rendre les financements moins coûteux et soutenir certaines valorisations. Mais là encore, tout dépend de la raison de cette baisse. Si elle accompagne une dégradation forte de l’économie, les marchés peuvent retenir surtout le risque sur les bénéfices.
Le prix des actions et les événements mondiaux comptent aussi
Le prix d’une action dépend de ce que les investisseurs pensent pouvoir gagner demain. Si une entreprise semble déjà très chère par rapport à ses résultats attendus, une petite déception peut faire baisser son cours. À l’inverse, une entreprise moins chère peut parfois mieux résister à une mauvaise nouvelle, car les investisseurs avaient déjà intégré une partie du risque.
Autre point à garder en tête : la composition de l’indice boursier lui-même. Un indice boursier est un indicateur qui regroupe plusieurs actions pour suivre l’évolution d’un marché. Par exemple, le CAC 40 rassemble 40 grandes entreprises cotées à la Bourse de Paris. Le S&P 500 suit environ 500 grandes entreprises américaines, tandis que l’Euro Stoxx 50 regroupe 50 grandes entreprises de la zone euro.
Or, toutes les entreprises n’ont pas le même poids dans un indice. Les plus grandes sociétés peuvent représenter une part importante de son évolution. Si leur cours monte ou baisse fortement, cela peut influencer l’ensemble de l’indice, même si les autres entreprises évoluent peu. Un indice boursier ne reflète donc pas toujours la situation de toutes les entreprises d’un pays ou d’une région. Il peut être fortement influencé par quelques grands groupes, notamment dans les secteurs de la technologie, de la finance ou de l’industrie.
Enfin, les événements qui se déroulent dans le monde peuvent aussi faire bouger les cours. Une hausse du prix de l’énergie, une nouvelle taxe sur les importations ou un conflit peuvent augmenter les coûts des entreprises et réduire leurs bénéfices attendus… La Bourse peut alors réagir rapidement, même si les derniers chiffres de croissance restent corrects.
C’est ce qui explique pourquoi une économie qui résiste ne suffit pas toujours à rassurer les marchés.
Produits structurés : envisager un scénario entre hausse et baisse
Le décalage entre l’économie et les marchés montre qu’il est difficile de prévoir l’évolution de la Bourse. Dans ce contexte, certains placements sont construits pour envisager plusieurs scénarios de marché, plutôt que de miser uniquement sur une hausse des actions. C’est notamment le cas des produits structurés.
Un produit structuré, c’est quoi exactement ?
Un produit structuré est un placement qui peut être proposé aux particuliers pour investir sur les marchés financiers selon une formule définie à l’avance. Cette formule précise ce qui peut se passer selon l’évolution d’un indice, d’une action, d’un taux, etc.: Gains, remboursement anticipé, perte partielle ou totale, etc.
Prenons un exemple simple. Vous investissez dans un placement dont le résultat dépend de l’évolution d’un indice boursier, comme le CAC 40. Dès le début du placement, les règles précisent les différents scénarios possibles et leurs conséquences.
Le produit va observer régulièrement le niveau du CAC40 :
- S’il reste au-dessus d’un premier seuil prévu à l’avance, un gain (appelé coupon) peut être versé.
- S’il atteint un second seuil, plus élevé et lui aussi prévu dans la formule, le produit peut être remboursé avant son terme.
- S’il baisse fortement et passe sous la barrière de protection à l’échéance, une perte en capital peut survenir.
Tout dépend donc de l’évolution de l’indice et des règles prévues dans le contrat.
Attention : il s’agit ici d’un exemple. Chaque produit structuré a sa propre formule. Les conditions exactes de versement, de remboursement et de protection sont précisées dans la documentation.
Un placement pensé pour différents scénarios
Un produit structuré ne repose pas nécessairement sur l’idée que la Bourse va fortement monter. Selon sa formule, il peut être conçu pour un marché stable, une hausse modérée ou une baisse limitée.
En contrepartie, l’épargnant peut ne pas profiter de toute la hausse de l’indice. Il doit aussi accepter une durée de placement, un risque de perte et une revente parfois difficile avant la date prévue.
Autrement dit, un produit structuré fonctionne comme un contrat avec des règles précises. Pour savoir ce qu’il peut rapporter, mais aussi ce qu’il peut faire perdre, il faut lire ces règles jusqu’au bout.
Pourquoi cette approche peut intéresser lorsque les marchés hésitent ?
Lorsque l’économie progresse, mais que la Bourse reste incertaine, il peut être difficile de savoir quelle évolution privilégier. Les marchés peuvent monter, baisser ou rester stables, parfois en réaction à des événements qui n’ont pas encore d’effet visible sur l’économie.
Dans ce contexte, les produits structurés permettent de ne pas retenir un seul scénario. Selon leur formule, ils prévoient des modalités de remboursement différentes selon l’évolution du marché. La formule peut, par exemple, prévoir un remboursement si un indice reste stable ou s’il ne baisse pas au-delà d’un certain seuil.
Cette particularité peut répondre à une vision prudente des marchés : ne pas parier uniquement sur une hausse continue, tout en acceptant certaines conditions et certains risques.
Les produits structurés ne permettent pas de prévoir l’avenir et ne protègent pas automatiquement contre les pertes, mais ils envisagent plusieurs situations.
Une croissance positive et une Bourse hésitante ne racontent pas forcément deux histoires incompatibles. Elles parlent de deux horizons différents. L’économie décrit une réalité qui se construit progressivement. Les marchés, eux, réagissent à ce qu’ils pensent déjà savoir, à ce qu’ils redoutent et à ce qu’ils espèrent pour la suite.
Les produits structurés tiennent compte de ce décalage. Leur formule prévoit à l’avance plusieurs possibilités selon l’évolution des marchés, sans supprimer pour autant le risque de perte en capital.
(1) Bureau of Labor Statistics, “Employment Situation News Release” - 10 janvier 2025 - https://www.bls.gov/news.release/archives/empsit_01102025.htm
(2) Reuters, “Jobs report fuels Treasury yield surge as markets brace for 5% threshold” - 10 janvier 2025 - https://www.reuters.com/markets/us/jobs-report-fuels-treasury-yield-surge-markets-brace-5-threshold-2025-01-10/