Transfert d'assurance vie
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En bref
Pendant des décennies, lorsque l’assurance vie choisie ne convenait pas, une seule option existait : fermer le contrat existant, en ouvrir un nouveau… et perdre toutes les spécificités fiscales patiemment accumulées. La loi Pacte, entrée en vigueur en 2020, a introduit un mécanisme de transfert tout en conservant l’antériorité fiscale du contrat. Ce qu'il faut retenir :
- Le transfert est possible uniquement au sein du même assureur.
- Une part du capital doit être investie en unités de compte dans le nouveau contrat.
- L'antériorité fiscale est intégralement préservée, sans imposition au moment du transfert.
- Un mécanisme antérieur, le transfert Fourgous, existait déjà depuis 2005 dans des conditions plus restrictives.
Votre assurance vie a dix ou quinze ans. Les rendements servis par le fonds en euros peuvent avoir évolué au fil du temps, indépendamment de la gestion attentive du contrat. Vous vous interrogez sur les caractéristiques d'autres contrats disponibles (supports proposés, structure de frais). Depuis 2020, le transfert d'assurance vie offre une possibilité, sous conditions.
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2. Transfert d'assurance vie : de quoi parle-t-on exactement ?
Un transfert d'assurance vie n'a rien d'un virement bancaire. Il ne s'agit pas de déplacer son épargne d'un assureur à un autre comme on change de compte courant. Dans le cadre légal actuel, le transfert consiste à faire migrer les droits attachés à un contrat existant vers un autre contrat proposé par le même assureur, en conservant la date d'ouverture initiale.
C'est ce point qui change tout. En assurance vie, l'antériorité fiscale est précieuse : au-delà de 8 ans de détention, les gains profitent d'un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule (9 200 euros pour un couple soumis à imposition commune), avant application d'un prélèvement forfaitaire réduit à 7,5 % (pour les primes versées inférieures à 150 000 euros. Au-delà, le taux passe à 12,8%). Perdre cette antériorité en clôturant un contrat pour en ouvrir un autre, c'est remettre le compteur fiscal à zéro, parfois pour des années.
Le traitement fiscal dépend de la situation individuelle de chaque client et est susceptible d'être modifié ultérieurement.
Une logique de portabilité
L'idée de portabilité en assurance vie est née d'une réalité simple : des millions d'épargnants français détenaient des contrats anciens, peu compétitifs en termes de supports disponibles et souvent chargés en frais, mais n'osaient pas en sortir de peur de perdre la fiscalité acquise. Le législateur a finalement agi, d'abord prudemment avec le transfert Fourgous en 2005, puis plus largement avec la loi Pacte en 2019. La portabilité, longtemps réclamée par les associations d'épargnants, a ainsi commencé à entrer dans les faits, même partiellement.
Le transfert Fourgous, l'ancêtre de la portabilité
Avant la loi Pacte, les épargnants bloqués dans leurs vieux contrats mono-support disposaient d'un outil : le transfert Fourgous. Ce mécanisme, né d'un amendement porté par le député Jean-Michel Fourgous en 2005, permettait de convertir un contrat investi uniquement en fonds euros en un contrat multisupport, sans perdre l'antériorité fiscale., sans perdre l'antériorité fiscale.
La contrepartie était stricte : la totalité des sommes devait basculer vers le nouveau contrat, et une part minimale obligatoire devait être investie en unités de compte. Impossible de transférer intégralement en fonds euros. Cette mécanique a permis à de nombreux épargnants de moderniser leur situation sans conséquence fiscale immédiate. Elle avait toutefois ses limites : le transfert restait interne à l'assureur, et la condition d'investissement en unités de compte pouvait freiner les profils les plus prudents. La loi Pacte est venue assouplir ces contraintes, dans un cadre renouvelé.
3. La loi Pacte, un tournant décisif pour les épargnants
Promulguée en mai 2019 et applicable depuis le 1er janvier 2020, la loi Pacte (Plan d'Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) a introduit plusieurs mesures favorables aux épargnants. Parmi elles, la possibilité d'effectuer un transfert interne au sein d'un même assureur, en conservant l'antériorité fiscale du contrat d'origine.
Concrètement, un assuré peut désormais demander à son assureur de transférer son contrat vers un autre contrat de la même compagnie, sous réserve de remplir certaines conditions.
Ce que la loi Pacte ne change pas
La portabilité introduite par la loi Pacte reste strictement limitée aux transferts intra-assureur. Changer d'assureur tout en conservant son antériorité fiscale n'est toujours pas possible à ce jour. Si votre compagnie actuelle ne propose pas de contrat satisfaisant en termes de supports, de frais ou d'offre globale, vous devrez faire un choix : rester, ou partir en acceptant les conséquences fiscales d'un rachat. C'est un point que les assureurs ne mettent pas toujours en avant. La liberté offerte par la loi Pacte est réelle, mais elle ne va pas jusqu'à permettre une pleine mobilité entre établissements.
4. Les conditions à remplir pour bénéficier du transfert
Un transfert d'assurance vie ne se décide pas à la légère. Plusieurs conditions doivent être réunies simultanément pour que l'opération soit possible et fiscalement neutre.
Même assureur, impérativement
Le transfert est uniquement possible au sein d'un même groupe assureur. Impossible de transférer chez un concurrent, même si ce dernier affiche une offre objectivement plus compétitive en termes de supports ou de frais de gestion. C'est la limite principale du dispositif.
Une part d'unités de compte, obligatoirement
C'est la condition centrale, héritée en partie de la logique Fourgous. Pour bénéficier du transfert tout en conservant l'antériorité, une fraction du capital transféré doit être investie en supports en unités de compte. L'allocation de l'épargne dans le nouveau contrat ne peut donc pas être intégralement positionnée en fonds euros.
Les unités de compte (actions, obligations, parts de SCPI investies en immobilier, ETF...) sont des supports dont la valeur fluctue selon les marchés. Le capital n'est pas garanti et peut évoluer à la hausse comme à la baisse. Investir en UC requiert un horizon de placement long. C'est pourquoi la répartition entre fonds euros et unités de compte mérite une réflexion sérieuse, adaptée à votre situation personnelle, vos objectifs patrimoniaux et votre horizon de placement.
De contrat d'assurance vie à contrat d'assurance vie
Le transfert doit s'effectuer de contrat d'assurance vie vers contrat d'assurance vie. Il n'est pas possible de transférer une assurance vie vers un plan d'épargne retraite ou tout autre type d'enveloppe.
5. Fourgous, loi Pacte : deux dispositifs, un même objectif
Ce que Fourgous permettait… et ce qu'il ne permettait pas
Le transfert Fourgous avait une portée limitée : il s'adressait uniquement aux détenteurs de contrats investis à 100 % en fonds euros qui souhaitaient basculer vers un contrat multisupport. La condition était stricte : la totalité de l'épargne devait être transférée d'un coup, et une part devait obligatoirement être arbitrée en unités de compte. Pas question de transférer seulement une partie du capital, ni d'arriver sur un contrat entièrement positionné en fonds euros.
Ce que la loi Pacte a élargi
La loi Pacte a repris la même logique de fond, en l'assouplissant sur plusieurs points. D'abord, elle s'applique désormais à tous les types de contrats, qu'ils soient mono-support ou déjà multisupport. Ensuite, le transfert peut ne porter que sur une partie de l'épargne : inutile de tout déplacer si seule une fraction du capital mérite d'être repositionnée. Enfin, le transfert peut s'effectuer entre deux contrats multisupports, ce qui ouvre des possibilités bien plus larges qu'auparavant.
Reste que le point commun entre les deux dispositifs est aussi leur limite commune : le transfert demeure strictement intra-assureur. Quel que soit le mécanisme utilisé, Fourgous hier ou loi Pacte aujourd'hui, il n'est pas possible de changer de compagnie en conservant son antériorité fiscale. C'est la frontière que ni l'un ni l'autre n'ont franchie.
6. Comment se déroule concrètement un transfert ?
Une fois la décision prise, la procédure est relativement encadrée. Sa fluidité dépend beaucoup des pratiques de chaque assureur et de la complétude du dossier transmis.
Prendre contact et formuler sa demande
La première étape consiste à contacter son assureur pour exprimer sa volonté de transférer. Dans de nombreux cas, une demande adressée par courrier recommandé avec accusé de réception reste la voie la plus sécurisée : elle laisse une trace écrite et déclenche officiellement les délais réglementaires. Certains assureurs proposent désormais des démarches en ligne, d'autres exigent encore des formulaires papier. Dans tous les cas, il convient de préciser clairement le contrat source, le contrat de destination souhaité et la répartition envisagée entre fonds euros et unités de compte.
Les délais à anticiper
La loi impose à l'assureur de réaliser le transfert dans un délai maximum de deux mois à compter de la réception d'un dossier complet. Pendant la période de transfert, votre épargne reste en principe investie selon les modalités du contrat d'origine.
Le transfert d'assurance vie est une option encore méconnue de nombreux épargnants, qui peut permettre, sous conditions, de faire évoluer son contrat sans en subir les conséquences fiscales immédiates.
Avant toute décision, étudier votre épargne actuelle, comparer rigoureusement les offres, analyser le niveau des frais et évaluer la qualité des supports disponibles reste la meilleure approche. Un ancien contrat n'est pas forcément un mauvais contrat. Et un transfert bien préparé peut également être pertinent.
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